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Articles

Mauvaise rencontre

Ceci tient d’une confession, une mise en mots pour exprimer ce qui s’est passé, du moins pour en dégager une forme de vérité. Ce texte, ce document, je le pense comme une marque qui me permet d’y voir plus clair, comme une trace sur laquelle je pourrais revenir et qui me permet de me situer. Imaginez un samedi après-midi, la météo est variable, entre froid et chaud, entre pluie et soleil. Le temps peut vite changer. On essaye avec mon amie de se retrouver, quelque part à mi-chemin entre son foyer et le mien. On se donne rendez-vous à Louise. On passe du bon temps ensemble, on discute et on marche dans la ville. On est nerveux, il y a beaucoup plus de gens dans les rues que les semaines précédentes. Comme nous, les gens doivent avoir besoin de sortir, d’avoir du contact, si pas verbal ni tactile, au moins visuel. À plusieurs reprises, on croise la police. La sortie du confinement s’annonce mais je comprends que les espaces publics, nos communs, ces espaces qu’on partage doivent êt...

On ferme !

Voilà que je reprends ma plume. Partager avec vous ce vécu de l’intérieur, du côté des soignant·es m’avait vraiment fait du bien : une bouffée d’air alors que je suffoquais. Écrire et sentir que je ne me trompais pas, que je n’exagérais pas, notamment en lisant vos réactions. J’avais espéré une révolution féministe dans le  care , j’avais invité nos frères à prendre la relève, j’avais pensé qu’un après aurait lieu. Les femmes trop épuisées pour se lever et se battre, il allait falloir dégenrer la lutte, déranger les zones de confort. Toujours en colère, toujours impuissante, je reprends ma plume, la parole en guise de résistance, de résilience ? Une boule dans la gorge quand même. Une manière de me donner une capacité d’agir là où je me sens fragile. Aujourd’hui, je vous réécris. L’après est là, tout près de nous et dans quel état… On ferme  ! Là où on devrait se réjouir, je me retrouve avec une équipe à genoux, humiliée, triste, presque confuse. Ça y est ...

La sexualité en période de confinement ?

Un masque, du désinfectant, des gants, se laver les mains toutes les deux secondes, garder ses distances... Les distances. Est-ce vraiment humain ?  N’est-ce pas insupportable d’être éloigné·es les un·es des autres ?  Nous nous sentons seul·es, isolé·es et, soudainement, nous commençons à apprécier les petites choses de la vie que nous n’appréciions pas auparavant, nos amitiés, nos habitudes, nos routines... Comme par magie, nous regrettons même de ne plus aller à l’université, de ne plus voir nos camarades de cours et nos professeur·es. Si ce confinement nous a appris quelque chose, c’est qu’on ne sait pas ce qu’on a jusqu’au moment où on le perd. Et, en le perdant, nous perdons aussi notre liberté, un de nos droits les plus fondamentaux. Nous avons perdu la liberté de faire des choses aussi simples qu’aller dans un bar pour boire une bière ou dans un parc pour nourrir les pigeons. Mais nous avons également perdu notre liberté dans l’un des domaines l...

Des poils au soleil

Il fait doux, presque chaud à l’abri des murs du jardin. Je suis allongée sur un transat acquis de haute lutte, c’est mon « temps calme » de la journée, un vœu pieux avec deux jeunes enfants qui creusent une toilette sèche - sans sceau ni sciure - à côté du compost. Il faut choisir ses combats. Je veille à ma santé mentale et à leur immunité, moins à nos bonnes relations de voisinage. C’est mon tour de veiller sur notre progéniture, mon conjoint et moi travaillons en alternance, en fonction de nos réunions virtuelles respectives. Ma boss a d’ailleurs du mal à retenir que je suis pas disponible en début d’après-midi, soupir. Je somnole, un vent léger tourne sur la terrasse et vient me rappeler une sensation enfouie, presque oubliée. Celui de mes poils doucement caressés par temps chaud et venteux. Voilà qui me renvoie à mon adolescence ou à mon enfance, je ne sais pas, je ne sais plus. Mais je savoure ce plaisir un brin coupable. Pourtant, je pratique une hibernation épi...

Moments du bain, moments de soin

Après un mois d’intenses douleurs au ventre, ma grand-mère a été diagnostiquée d’un cancer du pancréas métastasé, environ deux semaines avant que la pandémie ne touche notre pays. Dans la quatrième saison de  La Casa De Papel , sortie pendant le confinement, un des personnages rapporte : « Il est mort. Cancer du pancréas. Le genre où il te reste vraiment deux mois à vivre ». Les nouvelles n’étaient pas bonnes, pas bonnes du tout. On s’est dirigé vers les soins palliatifs à domicile plutôt que de tenter, coûte que coûte, une chimiothérapie. Un infirmier, son médecin traitant et ses six enfants, dont ma maman (sage-femme avec une formation d’infirmière), malgré les mesures de confinement, se relaient à son chevet pour que tout se passe « au mieux » pour elle. Ce week-end d’avril, plutôt que d’être à son domicile, ma grand-mère est venue chez mon beau-père et ma mère. Cela faisait près d’un mois que je ne l’avais pas vue – tout juste avant le début de la...

Un peu de temps pour soi

J’ai toujours cru que j’avais une sexualité satisfaisante. Que mes désirs et mes fantasmes étaient tout à fait normaux. Que mes partenaires sexuels me rendaient correctement le plaisir que je leur procurais moi-même. Que je connaissais la jouissance. Ma jouissance. L’hiver dernier, j’ai fait une rencontre des plus improbables. Une rencontre qui m’a fait redécouvrir la sexualité ainsi que ses nombreux plaisirs, et qui m’en a offert de nouvelles conceptions. Certaines d’entre elles qui bousculaient d’ailleurs les précédentes. Bref, une rencontre qui pourrait se résumer en deux mots : charnelle et symbiotique.  Or, toute bonne chose a une fin. J’ai continué mes aventures avec cette idée distincte selon laquelle je connaissais mon plaisir et que ma sexualité était plus libre que jamais. Mais, après lui, rien n’était réellement satisfaisant.  Ce n’est qu’après avoir rencontré une autre personne qui était si douce et attentionnée, mais qui ne savait pas comment me proc...

Le confinement des amants

Déjà sur l’île ça avait commencé, on ne serrait pas les mains, pas d’accolade, un namasté adopté spontanément, nous de toute façon on ne se touche jamais en public les amants ils et elles sont de toute façon confinés dans leur corps quand ils et elles sont hors là loi menteurs menteuses, ils et elles se cachent pas d’héroisation pas de morale les corps clandestins  on a profité de cet ultime temps suspendu toucher sucer lécher embrasser les temps nocturnes alors que le confinement se rapprochait avec la promesse diabolique de l’ile : et si on était confinés là, sans pouvoir repartir ? Insolence égoïste du moment où l’envie de dire : chiche rester là mais l’ile déjà coronée sans doute , la promiscuité des pauvres dans leurs bidonvilles, la promiscuité indécente des riches qui crachaient dans la piscine sans y croire, pas plus de trente respirateurs dispos ils disaient à la radio le retour l’avion avec déjà des masques le quai de la séparation, les...

Diagonale, poule en carton et grande claque

La diagonale, oui j’ai déjà appris ça : c’est quand deux lignes ne se touchent jamais ? Printemps 1990. Enseignement en grève en Belgique francophone. Je suis en quatrième secondaire et j’explose de vie. L’école est fermée, vive les arbres en fleurs, l’herbe insolente, les oiseaux rieurs   ! Je n’ai aucune angoisse quant aux cours mis en pause ou à mon avenir. Je suis dans l’immédiat, très souvent en vadrouille, dans ce mélange typiquement adolescent d’oisiveté, de nonchalance et de spontanéité. Aucun parent à l’horizon, ils travaillent, les pauvres. Mon quotidien est fait de potes, de temps qui passe lentement et d’explosion des hormones. Je n’ai pas encore lu  Jo  de Derib, mais je sais qu’il me faudra composer avec le danger du virus à pointes. Je me découvre sensuelle. Je prends des mains sans raison autre que le besoin d’être en contact, j’embrasse, je caresse, j’étreins. Je suis avide de discussions interminables, de silences partagés, de franches ri...

Autopsie d’une domination paternelle

Durant le confinement, les sphères du public et du privé se mélangent. Ces deux univers opposés et genrés fusionnent. L’homme quitte la place publique pour coloniser l’espace privé. L’homme important, blanc, hétérosexuel, cisgenre, valide, patron se retrouve délesté de son pouvoir. Que t’arrive-t-il alors, à toi, le dominant ? Tu m’aimes. Mais il m’est douloureux de me taire. Les ressentiments restent coincés dans ma gorge avant même d’être transformés en mots. Ils s’accumulent et finissent par m’étrangler. Ils gonflent et me remplissent. Ils tendent mes muscles. Moi qui ai fait de mes convictions mon projet de vie, je peine à te communiquer l’oppression que tu perpétues sur ma mère et moi depuis mon enfance. Adolescente, je pensais que c’était simplement mon rejet de l’autorité. Maintenant que je reviens à la maison, je vois l’évidence frappante. Je ne connais pas meilleur oppresseur. Pourtant, tu m’aimes. Enfin c’est ce que me dit ma mère quand elle essaye de te trouver d...

Tomber amoureux·se en confinement

On entend beaucoup parler des liens qui se défont dans des couples ou des familles en souffrance pendant le confinement. Pas simple de gérer ses propres angoisses, celles des autres ; pas simple non plus de coordonner les quotidiens bouleversés de chacun·e. Tout est à réinventer et on n’a pas toujours la disponibilité d’esprit pour s’y contraindre. Pourtant, aujourd’hui, j’aimerais évoquer une toute autre histoire du confinement, celle du confinement qui crée des liens superbes, voit émerger des amours naissants et s’épanouir de puissantes émotions. Sans ce confinement, je n’aurais sans doute pas reçu cette lettre puissante, sincère, belle, tout simplement belle. Une déclaration d’amour enflammée comme on n’en envoie que lorsque tout s’arrête, qu’on n’est plus pris dans son quotidien, dans le confort des certitudes, quand on prend enfin le temps de penser à soi, aux autres, d’observer la nature qui change, d’écouter le silence d’une ville comme endormie et enfin de sonder pui...

Amour, rage et confinement

Moi qui pensait juste pouvoir ralentir, l’un dans l’autre ça tombait bien ce confinement. Enfin, pour préciser j’étais un peu au bout du rouleau, j’avais besoin d’une pause.  La première semaine, j’ai glandé tant que je pouvais. J’ai trainé en pyjama, pas lavée. C’est à peine si je me brossais les dents. Je passais la plupart de mon temps sur le canapé, sous le plaid à mater des séries comme une addict. Le canapé était devenu ma base, je bouffais même dedans, c’était mon vaisseau. Je ne suis pas sortie pendant cinq jours. J’ai failli péter un plomb, je me suis dit que ça n’allait pas le faire. Il me fallait un peu de dignité. Le matin, j’ai recommencé à prendre une douche, à m’habiller, à porter des bijoux et même du parfum. Mais attention, pas question de mettre un soutien-gorge ni de me raser quelque poil que ce soit. Dans les quelques lignes un peu trop romancées (et qui m’ont pris plusieurs jours sans trouver les mots justes pour la fin) je parle d’espaces. Des limite...

Le bouleversement du confinement

Le confinement : un mot, un assemblage de lettres, un ensemble de quatre syllabes n’ayant jamais fait autant écho pour l’ensemble des communautés. Ce nom commun pourtant si lointain devint soudainement familier suite à l’apparition d’un virus dénommé « Covid-19 » ou « Coronavirus » occasionnant une pandémie mondiale. Une contagion suscitant obsessions, hantises, inquiétudes et nous confrontant à l’essence même de ce que l’être humain a été, est et sera à jamais : un être mortel. Aujourd’hui, le terme « confinement » préside dans le discours de chacun·e, délimitant la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. Un périmètre circonscrit entre le dedans et le dehors. Une délimitation invisible à l’œil nu mais venant brutalement faire ancrage dans nos modes de vies actuels. Une situation vécue différemment par les êtres humains, selon leurs particularités intrinsèques et personnelles, leurs modes et milieux de vies, leurs milieux professionnels et leur en...