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Tomber amoureux·se en confinement

On entend beaucoup parler des liens qui se défont dans des couples ou des familles en souffrance pendant le confinement. Pas simple de gérer ses propres angoisses, celles des autres ; pas simple non plus de coordonner les quotidiens bouleversés de chacun·e. Tout est à réinventer et on n’a pas toujours la disponibilité d’esprit pour s’y contraindre. Pourtant, aujourd’hui, j’aimerais évoquer une toute autre histoire du confinement, celle du confinement qui crée des liens superbes, voit émerger des amours naissants et s’épanouir de puissantes émotions.

Sans ce confinement, je n’aurais sans doute pas reçu cette lettre puissante, sincère, belle, tout simplement belle. Une déclaration d’amour enflammée comme on n’en envoie que lorsque tout s’arrête, qu’on n’est plus pris dans son quotidien, dans le confort des certitudes, quand on prend enfin le temps de penser à soi, aux autres, d’observer la nature qui change, d’écouter le silence d’une ville comme endormie et enfin de sonder puis d’ouvrir son cœur.

Sans le confinement, pas de réflexion sur moi-même, sur mes désirs, sur mes attentes, sur le sens renouvelé d’être seule avec soi et de ce que les autres signifient pour moi. Sans ce confinement, pas d’éléments déclencheurs, pas de petite voix pour me glisser avec indulgence : dis oui, cette fois! Sans ce confinement, j’aurais sans doute préféré mon acharnement à vivre ce quotidien sans vague, confortable.

Sans ce confinement, aurait-on pris le temps d’échanger avec autant de profondeur, de donner de soi avec tant de sincérité, de laisser grandir notre amour – d’abord et toujours sous forme épistolaire puis au cours de longues promenades respectant les mesures de distance sous le ciel clément d’un printemps inattendu et éblouissant ? Se serait-on donné le temps de nous plonger en nous-mêmes et dans l’autre pour créer cette sensibilité vive, fine et partagée, à fleur de peau ? Aurait-on pris le temps de se connaître au plus profond de nos âmes avant de nous offrir la confiance et l’élan nécessaire pour faire une place à l’autre dans une vie confinée certes mais emplie d’un nouvel amour ? Se serait-on seulement laissé le temps de réapprendre à aimer et à être aimé·e ?

Et pourtant, c’est bien ce qui est arrivé, en ces temps étranges. Celle qui se voulait sorcière, fière de s’être mariée à elle-même, revendiquant sa liberté et son indépendance la plus absolue, est tombée amoureuse. Pas de n’importe quel amour, d’un amour fou, intransigeant, absolu qui berce la nuit et transporte le jour. D’un amour naissant qui n’en finit pas de s’épanouir et qui, je le sais, n’en sera que plus fort et plus authentique après le confinement. Voici ma déclaration à celui qui se reconnaîtra.

Il n’est pas de hasard, pas de coïncidence. Car voyez vous, avec ce confinement, tout est possible. Osez aimer, follement ! Profitez de ce moment sans comparaison pour déclarer votre amour ; usez de courage et de cœur : c’est le bon moment ! Soyez honnêtes avec les autres comme vous l’êtes avec vous-mêmes. L’amour vous guette peut-être au coin du confinement - inutile d’attendre !

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