Accéder au contenu principal

Je confine, tu confines, mais pouvons-nous confiner sexuellement ensemble ?

Je suis confinée, comme une partie importante de la population, depuis plusieurs semaines maintenant. Cette situation me laisse sans voix, déconcertée, incertaine. J’observe les chiffres, les controverses, je les lis, mais je ne sais pas quoi en faire. J’admire celles et ceux qui débattent, avec autant de certitudes. Moi, je n’arrive pas à penser, ni sur le monde, ni sur mon monde, ni sur moi-même. À part la conscience d’être une privilégiée, avec un environnement familial plutôt serein, avec un salaire qui tombera à la fin du mois, avec une maison qui laisse à chacun·e son espace, avec un jardin. Je n’ose pas me plaindre et je ne le ferai pas. 

Micro-tâches

Je me concentre sur des micro-tâches : préparer à manger, aider tel enfant à faire son devoir, tel autre à mettre son pantalon, regarder mes mails, lancer une machine, prendre une douche, répondre laconiquement à mes mails, « non je ne sais pas où tu as mis ton cartable », se rendre compte qu’il n’y a plus d’huile d’olive, prendre des nouvelles de ma mère, ajouter « huile d’olive » sur la liste des courses qui s’allonge, repréparer à manger, regarder un film en famille (ou deux sur deux écrans si on ne s’est pas mis d’accord), étendre la machine, lire les mails envoyés par les professeur·es, rappeler aux enfants de se brosser les dents, lire l’histoire avant le dodo, s’effondrer. Qui parle d’ennui ? Qui, confiné·e avec enfants, a vraiment le temps de lire, de méditer, de respirer et de chercher sa « liberté intérieure » ? Je n’en peux plus des « Bienvenue au club de la meilleure maman » ou « profitez-en pour vous découvrir ». Perso, même en confinement, je n’ai pas le temps (et j’avoue, je n’essaye pas, ça me saoule). Comme d’habitude, les papas sont épargnés, eux ont droit à une médaille s’ils ont joué 1h avec leur fils, eux travaillent Madame (nous on fait semblant). Décidément, ce confinement ne va rien arranger…

Micro-libido ?

Et puis, elle me manque. Elle n’est pas là. On ne peut plus se voir ou plutôt, on ne veut plus se voir. Trop dur de se retrouver dans un lieu public, chacune avec ses mômes, sans s’embrasser, sans se toucher. Alors on redécouvre l’excitation des petits messages coquins envoyés par téléphone, comme lorsque nous étions jeunes. « Je te goûte, par petites touches de doigt, par petits coups de langue, le long de toi, tout au long » ai-je reçu avant-hier ! Du coup, entre l’huile d’olive à ajouter à la liste et la relecture du devoir de français du petit, j’agrippe mon téléphone et je relis ces mots, encore et encore. À chaque fois, ils me réchauffent dans le bas du ventre. Je ferme les yeux, je la vois, je nous vois… « Ah oui chéri t’as faim, je vais préparer à manger ! » Faut que je me contrôle, sinon le petit va se demander ce que fait sa mère, les yeux dans le vide et la bouche ouverte qui salive ! Du coup, je réfléchis encore moins. Enfin je réfléchis encore moins aux grands problèmes de ce monde qui part en sucette. Par contre, hier, j’ai beaucoup réfléchi à ma stratégie, afin que les enfants soient au lit le plus tôt possible. J’ai préparé le plat du soir dès le matin, j’ai téléchargé le film qu’ils pouvaient (exceptionnellement) regarder dans leur chambre (j’y ai donc installé mon ordinateur et toutes les connexions nécessaires), j’ai zappé le brossage de dents et… 

Maxi Eros Vidéo

Je l’ai appelée par What’s app, en mode vidéo. Mon dieu qu’elle est belle ! Je suis profondément athée et probablement que vous ne la trouveriez pas belle, mais son visage m’émeut, je ne sais pas pourquoi. Elle rigole quand je lui dis que nous devrions confiner ensemble, là tout de suite, par what’s app. Je ne sais pas si c’est mon « ras-le-bol du Je confine toute seule, conjuguons un peu ce verbe, et confinons gaiement et surtout sexuellement ! » ou ma tête suppliante de chienne (oui oui j’avoue) en rut qui a laissé monter son désir toute la journée durant qui la fait rire. Et là, elle s’arrête, elle me regarde et commence doucement à déboutonner sa chemise. J’ai cru que j’allais m’évanouir ! Elle me demande de me caresser, je m’exécute sans tarder. Je vois ses yeux se voiler sous l’envie. J’aimerai tellement prendre ce sein dans ma bouche, lui mordiller le téton. Je lui dis. Je crois que je n’ai même pas tenu jusqu’au dernier bouton de sa chemise ! Elle vient très vite aussi après moi, ce décalage me permet de la regarder vraiment, pleinement, de saisir cette expression si particulière que chacun·e d’entre nous a au moment de l’orgasme. J’aimerai mettre pause sur ce moment-là. Demain, j’enregistre ! 

Je ne pense toujours pas pendant ce confinement, mais au moins je jouis.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

« Loin des yeux, loin du cœur »

« Loin des yeux, loin du cœur », disait-on. À l’aube du confinement, tu m’avais quittée par téléphone. La tristesse appuyait sur mon sternum, la cage thoracique broyée, à chaque respiration c’était bagarré.  On s’était pourtant revus quelques fois, s’embrassant et faisant l’amour comme des amants. Mais, à l’appel du virus et de la mort qui se propageait sur tous les continents, nous nous sommes confinés. Malgré l’envie irrésistible de nos corps voulant s’emmêler l’un à l’autre, nous étions finalement séparés.   « Loin des yeux, libidineux ». Au début, nous étions retirés chacun chez soi, tels un ours dans sa tanière et une loutre dans son terrier. Tout a commencé par une simple question à laquelle tu as répondu immédiatement, fait inhabituel pourtant. Et là, sous nos yeux, s’est déployé une parade amoureuse par sms où l’on faisait l’amour chaque matin, on s’envoyait des tuyaux culturels la journée et on s’appelait complètement ivres en soirée. C’était ...

Je me nourris de pensées positives

“ Je me nourris de pensées positives .”  Mon téléphone vibre, comme toutes les deux heures. C’est Toobee qui me parle, l’app installée il y a quelques mois après un coup de mou. Depuis, elle me balance chaque jour une phrase  feel good . Ca fait 10 jours que je n’ai pas changé de proverbe. J’ai pourtant que ça à faire, ou presque. La même phrase, pendant 10 jours, toutes les 2h. Ca fait 120 fois que je lis cette même putain de suite de mots et toujours pas de pensée positive à l’horizon. Faut dire qu’il y a une sacrée ombre au tableau et qu’elle prend de plus en plus de place : corona aux infos, corona sur les réseaux, corona dans les conversations privées, corona par la fenêtre des voisins, corona dans la rue.  Corona partout, liberté nulle part . Et dire qu’il y a trois semaines on marchait tou.te.s ensemble en s’égosillant sur des slogans qui avaient de la gueule (et des ovaires). On était fortes, on était fières. Marée humaine de 7000 personnes qui se déversait...

Mauvaise rencontre

Ceci tient d’une confession, une mise en mots pour exprimer ce qui s’est passé, du moins pour en dégager une forme de vérité. Ce texte, ce document, je le pense comme une marque qui me permet d’y voir plus clair, comme une trace sur laquelle je pourrais revenir et qui me permet de me situer. Imaginez un samedi après-midi, la météo est variable, entre froid et chaud, entre pluie et soleil. Le temps peut vite changer. On essaye avec mon amie de se retrouver, quelque part à mi-chemin entre son foyer et le mien. On se donne rendez-vous à Louise. On passe du bon temps ensemble, on discute et on marche dans la ville. On est nerveux, il y a beaucoup plus de gens dans les rues que les semaines précédentes. Comme nous, les gens doivent avoir besoin de sortir, d’avoir du contact, si pas verbal ni tactile, au moins visuel. À plusieurs reprises, on croise la police. La sortie du confinement s’annonce mais je comprends que les espaces publics, nos communs, ces espaces qu’on partage doivent êt...