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Articles

Parents et confinement

J’ai entamé, quelques mois avant le confinement, un travail par rapport à ma famille biologique. Les nombreux entretiens avec la psychologue ont mis la lumière sur la relation abusive que mes parents entretiennent avec moi. Je suis gouine, butch et non binaire. Pour me faire une place au sein de cette famille, j’ai pris le rôle de l’oreille toujours prête à recevoir les tourments et les confidences (parfois un peu trop intimes de mes parents), de l’épaule toujours prête à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit, la personne de compagnie qui mettra sa vie sur pause pour accourir auprès de ses parents quelle que soit la situation.  Ce rôle changeait selon les humeurs de mes parents. Si iels étaient en crise de couple, ce qui pouvait durer des mois et des mois, j’étais leur défouloir. Iels me faisaient comprendre que je n’étais qu’une erreur, un accident. J’étais là pour m’en prendre plein les oreilles et être rabaissée. Les nombreux entretiens avec la psycholo...

Amour et écriture en confinement

On ne se rend pas forcément compte à quel point le climat actuel peut nous impacter. Certes nos quotidiens sont bouleversés, mais cela touche aussi des aspects plus profonds de notre psychologie. Cette situation remet en jeu un certain nombre d’expériences passées et de questionnements profonds sur notre personne.  J’ai la chance de pouvoir vivre ce confinement d’une part avec ma famille et d’autre part avec mon copain. Dernièrement, j’ai passé une semaine chez lui et cela a fait émerger en moi une série de doutes. Je suis, bien entendu, certaine de mes sentiments mais étant donné qu’on s’est séparé l’année dernière, en raison d’une cohabitation peu fructueuse (bien qu’elle nous ait appris beaucoup sur nous et sur notre couple), devoir vivre nuit et jour avec lui a mis sur le tapis une série de questionnements. Notre couple est-il assez fort que pour ne pas s’installer dans une routine ? D’autant plus que nos quotidiens sont actuellement très répétitifs et laissent peu d...

Confinée, libérée

Je ne me lave pas. Je ne me rase pas. Je ne m’épile pas. Je n’écoute plus les infos et pourtant, à travers la brume, les bribes du monde me parviennent, assourdies,… celles que je me refuse d’entendre comme par exemple la recrudescence des violences faites aux femmes. Pourquoi refuser cette réalité alors que depuis le début du confinement je me félicitais d’avoir quitté homme et enfants. Je ferme les yeux… vertige…  Flash-back, c’était hier… mon mari d’alors me fait remarquer que la vaisselle traîne toujours sur le plan de travail et m’apostrophe : « Tu ne vas pas me dire que tu étais débordée au point que tu n’as même pas eu le temps de mettre la vaisselle dans le lave-vaisselle ? », « Tu ne travailles pas, tu peux m’expliquer ce que tu as foutu de toute ta journée ? », « Avec ton job (ndlr, enseignante), tu ne vas quand même pas me dire que tu es épuisée ? Surtout avec tous tes congés, tu bosses à peine six mois par an, à salaire...

Le (dé)confinement, cet enfermement hétéronormatif

En voiture ! Papa, Maman, le chien et les deux enfants (un garçon et une fille, la complémentarité c’est toujours mieux) s’entassent dans le véhicule familial. Les valises sur le toit, la maison en briquettes bien verrouillée…  Pendant l’absence, les cariatides et les lions en béton veilleront. Aujourd’hui, la famille Rantanplan part en vacances ! Direction les forêts d’Ardennes, les baraques à frites de la côté flamande ou les berges des Lacs de l’Eau d’Heure. Les vacances seront nationales ! Non, nous ne sommes pas dans les années 1960 et ce n’est pas mon grand-père qui découvre ses premières vacances à Middelkerke. La Belgique de Papa est de retour. Romantisme d’été national et retour du foyer radieux. Restez chez vous, restaurez votre couple, consacrez enfin du temps à vos enfants… voici le message qui tourne en boucle dans les médias, souvent réduits à une courroie de transmission des messages de mobilisation.  Il faut se serrer les coudes, ...

Enfin une bonne nouvelle !

Tu te promènes tranquillement dans les rues, de plus en plus vides. Cette situation te tourmente un peu plus chaque jour. Alors tu allumes ta cigarette mais bizarrement elle ne te goûte pas. Tu la jettes après quelques bouffées. Tu attrapes ton paquet de chewing-gum, tu en mets un dans ta bouche cependant il te laisse un goût amer. Étrange. En voyant une femme rentrer chez elle avec son sac de course, tu repenses à cet article de  Au féminin , qui parle de ces meufs françaises qui ont reçu des contraventions pour avoir été chercher des protections hygiéniques. Ça te met sur le cul parce qu’à choisir entre du PQ et des tampons, tu prendrais la deuxième option. Pisser, tu peux le contrôler et le faire dans ta baignoire. Même en confinement, le monde a un problème avec les fluides corporels, en particulier lorsqu’ils jaillissent d’une chatte. La petitesse de ton existence te fait te sentir bien misérable dans cette énorme industrie capitaliste où les biens de première nécessité ne s...

Éros et Thanatos

J’ai toujours pensé que la peur et le désir sont les deux moteurs de l’humanité. Comme une sorte d’explication finale de tous les comportements de nos sociétés. Voilà, c’est dit ;-) Les effets qu’ils génèrent ne me semblent pas bons ou mauvais en tant que tels, mais ils sont bien différents. Nous acceptons le confinement par peur de la maladie, nous le vivons avec la lourdeur de ce qui nous manque… ou bien nous le faisons par désir de protéger les autres et nous le vivons avec l’attente des retrouvailles. Ou peut-être les deux à la fois, c’est humain. Ces jours - déjà 30 ! -, je les ai vécus assez stressé : des urgences au (télé)travail qui ne nous permettent pas de soigner l’essentiel, les tâches ménagères que je ne supporte pas, les ami·es qui meurent et plein d’autres qui – comme moi - se sentent désorienté·es par moments. Je suis confiné seul, mon copain n’est pas là et je dois dire que je le sens plus présent que jamais. Nous parlons plus souvent que d’habitude et n...

Maternité : quand le confinement accentue la douleur…

J’essaie péniblement de me concentrer sur le texte d’une étude scientifique alors que ma fille de trois ans chante à tue-tête en construisant une tour de Duplos à quelques mètres de moi. Je suis déjà ravie qu’elle joue seule depuis dix minutes et ne me tire plus la manche pour que je vienne l’aider. C’est la quatrième fois que je relis la même phrase sans la comprendre, impossible pour mon cerveau de la traiter. Le père de la petite dort au premier étage. Il a pris congé aujourd’hui, pour s’occuper de notre fille. Du coup, j’essaie de lui ménager un petit espace de repos. J’ai sorti le chien en intimant à ma fille de ne pas faire de bruit, parce que : « papa dort, il est très fatigué… ». C’est que je ne peux pas me plaindre, mon mari est un féministe bien qu’il ne se se soit jamais considéré comme tel… Il est conscient des inégalités entre hommes et femmes et estime qu’il faut tout faire pour les combattre ; l’idée qu’une tâche ménagère ne soit pas pour lui ne lui ...

Pas de chambre à soi

- Tu peux ne pas trop me baver ?, m’a-t-il demandé.      

          Ou bien c’était plutôt « ne me bave pas trop », je ne sais plus exactement, mais les verbes pouvoir et baver associés à un dégoût ont été prononcés. Là pour moi c’était déjà fini, je suis trop susceptible, je sais, mais j’aime bien quand ça bave et qu’il ait demandé comme ça, cassant la spontanéité  des gestes... En plus ce n’était même pas en exprès, je n’ai même pas compris sur le moment quelle partie de son visage j’avais léchée ou plutôt « bavée », comme l’a-t-il dit dégoûté. Était-il vraiment dégoûté ou étais-je d’un coup dégoûté de moi-même de l’idée qu’il puisse me trouver dégoûtant ? C’est fatigant.   Mais j’en avais encore envie et le sexe en couple, surtout le nôtre, surtout en confinement, est toujours plus complexe, plus spontané et plus serein que ce que l’on ne pense, j’en avais enc...

Le confinement, moi je connais, c’est l’histoire de ma vie que voici !

Ayant vécu la guerre dans mon pays d’origine, ce confinement éveille chez moi un mélange de sentiments contradictoires. D’un côté, comme personnes confinées non touchées par la maladie ou le décès d’un·e proche que nous sommes pour le moment, nous vivons dans le confort d’être chez nous, dans une maison avec jardin et d’avoir tous les moyens nécessaires à une vie quotidienne agréable : nourriture, chauffage, eau chaude, internet, ordinateurs,… D’un autre côté, notre corps et notre âme, déjà traumatisés par la guerre, luttent pour faire la part des choses et ne pas sombrer  dans la peur tétanisante. La peur de cet extérieur qui est devenu menaçant, la peur d’une mort possible à laquelle on a pourtant échappé des années durant. Pour la première fois aussi depuis notre exil, nous ici et nos proches éparpillé·es de par le monde, nous sommes plongé·es dans la même « guerre », nous vivons la même peur.  Mon confinement à moi a commencé il y a bien longtemps...

Torchon d’une confinée

Torchon parce que le « journal d’un·e confiné·e » me désole. Nous sommes  inondé·es des vociférations d’éditorialistes, des recettes de cuisine  homemade , des élucubrations des célébrités dans leur jardin ou dans les rues vides (clin d’œil à Arielle Dombasle) et des conseils de « libération intérieure » (clin d’œil à l’auto-proclamé bouddha Robert, je suis certaine que vous en avez un dans vos amis). Quel cauchemar, sérieux, tout le monde nous dit ce que l’on doit faire et, bien évidemment, comment être malgré tout productif·ve. Heureusement, il y a aussi des vidéos de chats et ce blog, que je lis tous les soirs :-)  Torchon parce qu’il risque de brûler. Ma colère gronde, je la sens. Au départ, j’étais abasourdie par la situation. Je n’arrivais pas à travailler (je répondais mécaniquement aux mails), je n’arrivais pas à réfléchir ni à penser, j’essayais de contenir ce qui pouvait l’être (ce qui n’était déjà pas si mal). Puis, progressivemen...

31mars. Jour J.

Assise derrière le pc, dans le bureau/living/cuisine de mon appart. Même chaise, même table. Question mobilité, j’assure. Pieds nus sur le parquet, vieux jeans, vieux pull. Pas de soutif. Pas coiffée. Pas lavée. J’ai coupé la caméra. Aujourd’hui encore, je ne serai qu’une voix.   Les ados ont élu domicile chez leur père, avec les enfants de sa compagne, le chien et la console. On se voit quand on en a envie. Ça me va. Pas d’amant de passage. Dommage. Envie de peau, de sexe, de fluides. Plaisir solitaire porte bien son nom. Il fait beau. Il fait calme. Je respire. Bosser. Se concentrer. Avancer. Problème de connexion… mes neurones aussi travaillent à distance. Les pensées s’égarent, s’évadent dans cet avant (crise). Seuls me manquent ces jours où se perdre dans la foule était autorisé. Observer. Sentir.  Entendre. Des gens. Des sons. Des odeurs. S’i...

Rancid Memories of a Touchy World

Confinement feels like an experience synonymous to shipwrecked, an occlusion from all things related to social aliveness. Like a tumble down this sudden rabbit hole filled with a little bit of sadness, mixed with the persistent echoes of what’s happening here? It’s those voluntary pangs of need that then force us out into a contaminated world of don’t touch me and keep your distance. I feel like a flounder ready to be filleted, yet it’s far from time for that. That’s when I start thinking about the ever so intended milestones of marriage and children, as my would be suitor is somewhere out there, in this gigantic pandemic, wading through the threat of pestilence and disease, just to one day get to me. This brings me solace in some way as my experience is like a fairytale gone rogue and I have no idea; how to honestly accept anything other than, ‘this will all be over soon’ for normalcy will return. That’s when the persistence of this silent bomb resurfaces on the days, that I fin...

L’imagination déconfinée

« Refaire société autrement», « changer d’avenir », les propositions abondent depuis quelques jours. La période est extra-ordinaire et, malgré l’angoisse vertigineuse que j’ai de perdre les êtres qui me sont les plus chers, je parviens moi aussi à éprouver le désir de changement que je constate depuis quelques jours sous les plumes inspirantes de collègues, ami∙es ou journalistes.  Ce confinement et le privilège que j’ai de pouvoir en profiter (je ne subis pas de violences patriarcales, seulement l’alourdissement de mes tâches de  care ) m’amènent à rêver à la fin d’un autre confinement qui dure depuis plus longtemps encore, celui de mon imagination. Parce que le matin, j’entends les oiseaux chanter au lieu d’entendre le bruit des avions et parce que le Bois de la Cambre est désormais fermé au trafic et que je peux y apprendre à mon enfant à rouler à vélo, j’aspire à plus d’espaces publics, de silence et d’air pur et je ne comprends pas que je m’en sois laissé...