Accéder au contenu principal

Amour et écriture en confinement

On ne se rend pas forcément compte à quel point le climat actuel peut nous impacter. Certes nos quotidiens sont bouleversés, mais cela touche aussi des aspects plus profonds de notre psychologie. Cette situation remet en jeu un certain nombre d’expériences passées et de questionnements profonds sur notre personne. 

J’ai la chance de pouvoir vivre ce confinement d’une part avec ma famille et d’autre part avec mon copain. Dernièrement, j’ai passé une semaine chez lui et cela a fait émerger en moi une série de doutes. Je suis, bien entendu, certaine de mes sentiments mais étant donné qu’on s’est séparé l’année dernière, en raison d’une cohabitation peu fructueuse (bien qu’elle nous ait appris beaucoup sur nous et sur notre couple), devoir vivre nuit et jour avec lui a mis sur le tapis une série de questionnements. Notre couple est-il assez fort que pour ne pas s’installer dans une routine ? D’autant plus que nos quotidiens sont actuellement très répétitifs et laissent peu de place à l’évasion. 

Il a donc fallu qu’on mette en place une série de stratégies afin de s’accorder des temps pour soi tout en gardant des moments privilégiés ensemble. Je pense qu’on a plutôt bien réussi à gérer cette situation. Un moyen, pour nous, a été de se mettre à cuisiner ensemble et de partager des moments intimes autour d’un repas. Ces moments étaient très précieux car ils nous permettaient de s’éloigner du monde extérieur (ce qui est plutôt paradoxal dans un contexte de confinement) et des ordinateurs qui nous envahissent souvent avec de la surinformation et un afflux d’éléments contradictoires. D’autre part, on a fait quelques jeux de société (le terme « jeu de société » est assez intéressant dans son contexte étant donné qu’on est en train de vivre une crise sanitaire qui nous impose de s’éloigner physiquement des autres et donc en quelque sorte du social). On s’est également autorisé des moments, évidemment virtuels, entre amis, ce qui nous permettait de s’éloigner mentalement l’un de l’autre (vivant dans un 50m2 il est compliqué de s’éloigner physiquement). Mais cet éloignement était un moyen de mieux se retrouver par la suite et de pouvoir discuter de ces moments pour venir nourrir cette relation. Toutes ces stratégies nous ont permis de trouver un équilibre et au final de ne pas péter les plombs. 

Lors de cette semaine, notre intimité plus physique et sexuelle a aussi été bouleversée. D’un point de vue physique et attirance, je trouve cela compliqué, dans ces circonstances de continuer à s’habiller, à s’apprêter, se maquiller et de ne pas passer toutes ses journées en jogging (car au final tout ce qu’on fait c’est suivre des cours sur teams sans que personne nous voie et nous juge). À partir de là, il peut apparaître comme difficile de se sentir désirable physiquement (surtout que le stress n’aide pas au niveau du physique et entretient une image plutôt désagréable de soi). Il m’a donc semblé nécessaire tant pour moi que pour le couple, de me forcer à m’habiller tous les jours dès le matin comme si j’allais en cours pour au final garder un certain rythme de vie. 

Actuellement, je suis rentrée chez mes parents et mon copain est resté dans son appartement. Le contraste de passer d’un endroit où on est complétement collé ensemble à un environnement où on est complétement séparé n’est pas spécialement facile à vivre. Cependant, ce temps d’éloignement est aussi bénéfique pour notre couple car il permet de ne pas rester trop dans ce quotidien et offre la possibilité de pimenter la relation. Effectivement, il serait regrettable de se retrouver à la fin du confinement à un stade où on n’en peut plus l’un de l’autre et donc de ne pas pouvoir profiter de ce retour dans le monde extérieur.  

Au final, le plus dur à mon sens, dans cette situation, est d’être confrontée à une série d’incertitudes et d’inconnus. Ces facteurs impactent beaucoup mon bien-être car j’apprécie, comme beaucoup de personnes je pense, avoir un contrôle sur la situation. J’aime quand les choses sont organisées et planifiées et rien que le fait de ne pas savoir quand les examens auront lieu, de quelles manières, par quels canaux, avec qui sont toutes des variables qui engendrent un sentiment d’insécurité constante. Mais je pense aussi que c’est à travers l’imprévisible qu’émergent les plus belles expériences et découvertes. En parlant d’inconnu, de confinement et d’incertitude, je pense qu’on peut vite s’inventer une série de fantasmes liés à cet environnement. 

Mon imaginaire me dit que mon copain devrait être là pour moi, me protéger et me rassurer quand ça ne va pas, jouer en quelque sorte au chevalier servant. Et ça évoque une série de fantasmes autour d’un confinement en amoureux. Beaucoup de personnes dans les médias disent que d’ici quelques mois, on verra un baby-boom apparaître. C’est vrai qu’il peut paraître excitant de se retrouver « enfermés » à deux dans une pièce (ou deux quand on a un peu plus de chance). L’enjeu est de pouvoir intégrer ce fantasme dans une réalité qui est beaucoup moins optimale et idéale et non dépourvue d’une série de facteurs influençant notre bien-être. 

Pour finir, l’ambiance générale qui règne est plutôt pesante mais, en même temps, je sens que cela nous réunit et nous lie d’une certaine manière. Je me sens plus proche et plus concernée par mes proches ainsi que par mon compagnon. J’ai presque l’impression de les aimer plus et de prendre conscience de l’importance de ces relations et de les entretenir de la manière la plus seine et sereine que possible. Je pense sincèrement qu’on ressortira changé de cet évènement, plus qu’historique, mais je pense surtout qu’on le sera d’une manière plutôt inattendue et positive. La preuve en est, cette période me reconnecte avec mes vieux plaisirs, à savoir l’écriture. J’écris ce qui me passe par la tête depuis des années. C’est le moyen qui me correspond le plus pour exprimer ce que je ressens. Mais au final, quand on est pris dans un quotidien, quand on est pris dans l’action des études et de la vie, on finit par délaisser ce qui nous fait du bien. Ce confinement est donc pour chacun, l’occasion de retrouver, de se reconnecter à des plaisirs quotidiens afin de maintenir, de la meilleure des manières qui soient, nos relations avec ceux qui comptent vraiment. 

Et n’oubliez pas de rester chez vous ! 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

« Loin des yeux, loin du cœur »

« Loin des yeux, loin du cœur », disait-on. À l’aube du confinement, tu m’avais quittée par téléphone. La tristesse appuyait sur mon sternum, la cage thoracique broyée, à chaque respiration c’était bagarré.  On s’était pourtant revus quelques fois, s’embrassant et faisant l’amour comme des amants. Mais, à l’appel du virus et de la mort qui se propageait sur tous les continents, nous nous sommes confinés. Malgré l’envie irrésistible de nos corps voulant s’emmêler l’un à l’autre, nous étions finalement séparés.   « Loin des yeux, libidineux ». Au début, nous étions retirés chacun chez soi, tels un ours dans sa tanière et une loutre dans son terrier. Tout a commencé par une simple question à laquelle tu as répondu immédiatement, fait inhabituel pourtant. Et là, sous nos yeux, s’est déployé une parade amoureuse par sms où l’on faisait l’amour chaque matin, on s’envoyait des tuyaux culturels la journée et on s’appelait complètement ivres en soirée. C’était ...

Je me nourris de pensées positives

“ Je me nourris de pensées positives .”  Mon téléphone vibre, comme toutes les deux heures. C’est Toobee qui me parle, l’app installée il y a quelques mois après un coup de mou. Depuis, elle me balance chaque jour une phrase  feel good . Ca fait 10 jours que je n’ai pas changé de proverbe. J’ai pourtant que ça à faire, ou presque. La même phrase, pendant 10 jours, toutes les 2h. Ca fait 120 fois que je lis cette même putain de suite de mots et toujours pas de pensée positive à l’horizon. Faut dire qu’il y a une sacrée ombre au tableau et qu’elle prend de plus en plus de place : corona aux infos, corona sur les réseaux, corona dans les conversations privées, corona par la fenêtre des voisins, corona dans la rue.  Corona partout, liberté nulle part . Et dire qu’il y a trois semaines on marchait tou.te.s ensemble en s’égosillant sur des slogans qui avaient de la gueule (et des ovaires). On était fortes, on était fières. Marée humaine de 7000 personnes qui se déversait...

Mauvaise rencontre

Ceci tient d’une confession, une mise en mots pour exprimer ce qui s’est passé, du moins pour en dégager une forme de vérité. Ce texte, ce document, je le pense comme une marque qui me permet d’y voir plus clair, comme une trace sur laquelle je pourrais revenir et qui me permet de me situer. Imaginez un samedi après-midi, la météo est variable, entre froid et chaud, entre pluie et soleil. Le temps peut vite changer. On essaye avec mon amie de se retrouver, quelque part à mi-chemin entre son foyer et le mien. On se donne rendez-vous à Louise. On passe du bon temps ensemble, on discute et on marche dans la ville. On est nerveux, il y a beaucoup plus de gens dans les rues que les semaines précédentes. Comme nous, les gens doivent avoir besoin de sortir, d’avoir du contact, si pas verbal ni tactile, au moins visuel. À plusieurs reprises, on croise la police. La sortie du confinement s’annonce mais je comprends que les espaces publics, nos communs, ces espaces qu’on partage doivent êt...