Accéder au contenu principal

Éros et Thanatos

J’ai toujours pensé que la peur et le désir sont les deux moteurs de l’humanité. Comme une sorte d’explication finale de tous les comportements de nos sociétés. Voilà, c’est dit ;-) Les effets qu’ils génèrent ne me semblent pas bons ou mauvais en tant que tels, mais ils sont bien différents. Nous acceptons le confinement par peur de la maladie, nous le vivons avec la lourdeur de ce qui nous manque… ou bien nous le faisons par désir de protéger les autres et nous le vivons avec l’attente des retrouvailles. Ou peut-être les deux à la fois, c’est humain.

Ces jours - déjà 30 ! -, je les ai vécus assez stressé : des urgences au (télé)travail qui ne nous permettent pas de soigner l’essentiel, les tâches ménagères que je ne supporte pas, les ami·es qui meurent et plein d’autres qui – comme moi - se sentent désorienté·es par moments. Je suis confiné seul, mon copain n’est pas là et je dois dire que je le sens plus présent que jamais. Nous parlons plus souvent que d’habitude et nous nous accompagnons dans cette solitude presque existentielle.

Parler me plaît et c’est mon activité principale. Soutenir l’équipe au travail et les ami·es à la maison. J’aurais aimé avoir un vieux téléphone, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu cette envie. Bon, peu importe l’outil, l’essentiel est de pouvoir parler. Mes copines semblent débordées avec le rythme de ces jours et celles qui ont des enfants sont absolument dépassées par les messages des écoles, les devoirs et les millions de ressources pour activer les enfants et continuer à être une super maman. Je leur conseille d’arrêter tout ça, car si iels apprennent à vivre ensemble, ça sera la meilleure leçon pour l’avenir. Je m’intéresse aussi à leur vie de couple…  Pas de libido. Leurs copains sont trop occupés avec leur travail, toujours si important. « Je crains d’être transparente », me disent-elles.

Sans désir, aussi sexuel, je nous vois flétrir. C’est le moteur de l’imagination, ça nous fait développer la fantaisie, la créativité et, peut-être, vouloir devenir la meilleure version de nous-mêmes. Les amants passagers me contactent aussi ! Envie de sauter le confinement pour me sauter moi, une sorte de transgression épicurienne. Je me vois presque sadique en leur disant non. Il faut sublimer, nous sommes capables de plus et de mieux. Nous avons juste besoin d’activer les neurones pour chatouiller nos réalités confinées et prendre plaisir autrement. 

Je vis plus concentré sur le présent que jamais, en essayant de donner du sens à chaque instant. Un des meilleurs moments de la journée, c’est à 20 heures. J’applaudis ceux qui ne devraient pas montrer de l’héroïsme mais travailler dans des conditions justes, avec des ressources suffisantes. Je suis heureux d’avoir découvert les voisins d’en face : un vieux couple, une famille pakistanaise et trois étudiants qui partagent un appartement. Hier, un des trois est sorti sans t-shirt, il m’a salué comme chaque jour et il m’a sourit. Mmm… je raconte ça à mon copain par télephone, il me dit « Coquin ! » et on rigole. Le désir de vivre et rire.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

« Putain. Je suis enceinte »

« Putain. Je suis enceinte ».  Ce sont les mots que j’ai prononcés après avoir regardé les résultats du test, complètement incrédule. J’y croyais pas. Je n’y crois toujours pas. Je ne suis pas faite pour être enceinte. La maternité ne me sied absolument pas. Et pourtant. Une barre sur le T. Une barre sur le C. Puis rien ne s’est passé comme je le pensais. Je ne me suis pas noyé·e dans des pensées liées au possible d’être mère, d’avoir une vie toute autre, d’avoir l’opportunité de créer quelque chose à plusieurs, de révolutionner le concept de famille. Je n’ai pas sombré dans des tourments liés à l’avortement, de réduire à néant le développement d’un possible humain, promis à de grandes choses ou à de grands frissons, avec qui j’aurais pu bâtir une relation unique. Je n’ai pas été traumatisé·e à l’idée d’aspirer « la vie » de mon corps. Rien. Serait-ce un mini trauma ? Je suis lasse. Je suis fatigué·e. J’ai besoin que ma vie se mette en...

Risques psychorona-sociaux, la santé au (télé)travail

L’humaine plane, portée sur les crêtes de montagnes russes par le son de sa propre voix. Elle ne saurait plus dire à quel moment sa tirade a commencé. Elle la poursuit d’un ton pénétré. Il lui semble qu’il est vital de réclamer une plus longue réflexion de fond, de demander des précisions méthodologiques. D’exiger une scrupuleuse prudence à l’heure des arbitrages, de plaider pour une nouvelle consultation à tous les niveaux de l’organisation. Ses deux enfants, impatients, font jouer la poignée de la chambre où elle s’est enfermée il y a trois heures, au début de la deuxième réunion virtuelle de la journée. Les voici, « maman, maman », qui l’entourent, tirent sur son jean, tentent de s’emparer de ses bras. L’humaine leur adresse des caresses mi-tendres, mi-distraites. Ce faisant, elle lutte pour ne pas s’interrompre, alors qu’une partie d’elle-même, au bord des larmes d’avoir constaté, une fois de plus, que son mari ne prendrait décidément jamais sa part du travail pa...