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Articles

Moments du bain, moments de soin

Après un mois d’intenses douleurs au ventre, ma grand-mère a été diagnostiquée d’un cancer du pancréas métastasé, environ deux semaines avant que la pandémie ne touche notre pays. Dans la quatrième saison de  La Casa De Papel , sortie pendant le confinement, un des personnages rapporte : « Il est mort. Cancer du pancréas. Le genre où il te reste vraiment deux mois à vivre ». Les nouvelles n’étaient pas bonnes, pas bonnes du tout. On s’est dirigé vers les soins palliatifs à domicile plutôt que de tenter, coûte que coûte, une chimiothérapie. Un infirmier, son médecin traitant et ses six enfants, dont ma maman (sage-femme avec une formation d’infirmière), malgré les mesures de confinement, se relaient à son chevet pour que tout se passe « au mieux » pour elle. Ce week-end d’avril, plutôt que d’être à son domicile, ma grand-mère est venue chez mon beau-père et ma mère. Cela faisait près d’un mois que je ne l’avais pas vue – tout juste avant le début de la...

Un peu de temps pour soi

J’ai toujours cru que j’avais une sexualité satisfaisante. Que mes désirs et mes fantasmes étaient tout à fait normaux. Que mes partenaires sexuels me rendaient correctement le plaisir que je leur procurais moi-même. Que je connaissais la jouissance. Ma jouissance. L’hiver dernier, j’ai fait une rencontre des plus improbables. Une rencontre qui m’a fait redécouvrir la sexualité ainsi que ses nombreux plaisirs, et qui m’en a offert de nouvelles conceptions. Certaines d’entre elles qui bousculaient d’ailleurs les précédentes. Bref, une rencontre qui pourrait se résumer en deux mots : charnelle et symbiotique.  Or, toute bonne chose a une fin. J’ai continué mes aventures avec cette idée distincte selon laquelle je connaissais mon plaisir et que ma sexualité était plus libre que jamais. Mais, après lui, rien n’était réellement satisfaisant.  Ce n’est qu’après avoir rencontré une autre personne qui était si douce et attentionnée, mais qui ne savait pas comment me proc...

Le confinement des amants

Déjà sur l’île ça avait commencé, on ne serrait pas les mains, pas d’accolade, un namasté adopté spontanément, nous de toute façon on ne se touche jamais en public les amants ils et elles sont de toute façon confinés dans leur corps quand ils et elles sont hors là loi menteurs menteuses, ils et elles se cachent pas d’héroisation pas de morale les corps clandestins  on a profité de cet ultime temps suspendu toucher sucer lécher embrasser les temps nocturnes alors que le confinement se rapprochait avec la promesse diabolique de l’ile : et si on était confinés là, sans pouvoir repartir ? Insolence égoïste du moment où l’envie de dire : chiche rester là mais l’ile déjà coronée sans doute , la promiscuité des pauvres dans leurs bidonvilles, la promiscuité indécente des riches qui crachaient dans la piscine sans y croire, pas plus de trente respirateurs dispos ils disaient à la radio le retour l’avion avec déjà des masques le quai de la séparation, les...

Diagonale, poule en carton et grande claque

La diagonale, oui j’ai déjà appris ça : c’est quand deux lignes ne se touchent jamais ? Printemps 1990. Enseignement en grève en Belgique francophone. Je suis en quatrième secondaire et j’explose de vie. L’école est fermée, vive les arbres en fleurs, l’herbe insolente, les oiseaux rieurs   ! Je n’ai aucune angoisse quant aux cours mis en pause ou à mon avenir. Je suis dans l’immédiat, très souvent en vadrouille, dans ce mélange typiquement adolescent d’oisiveté, de nonchalance et de spontanéité. Aucun parent à l’horizon, ils travaillent, les pauvres. Mon quotidien est fait de potes, de temps qui passe lentement et d’explosion des hormones. Je n’ai pas encore lu  Jo  de Derib, mais je sais qu’il me faudra composer avec le danger du virus à pointes. Je me découvre sensuelle. Je prends des mains sans raison autre que le besoin d’être en contact, j’embrasse, je caresse, j’étreins. Je suis avide de discussions interminables, de silences partagés, de franches ri...

Autopsie d’une domination paternelle

Durant le confinement, les sphères du public et du privé se mélangent. Ces deux univers opposés et genrés fusionnent. L’homme quitte la place publique pour coloniser l’espace privé. L’homme important, blanc, hétérosexuel, cisgenre, valide, patron se retrouve délesté de son pouvoir. Que t’arrive-t-il alors, à toi, le dominant ? Tu m’aimes. Mais il m’est douloureux de me taire. Les ressentiments restent coincés dans ma gorge avant même d’être transformés en mots. Ils s’accumulent et finissent par m’étrangler. Ils gonflent et me remplissent. Ils tendent mes muscles. Moi qui ai fait de mes convictions mon projet de vie, je peine à te communiquer l’oppression que tu perpétues sur ma mère et moi depuis mon enfance. Adolescente, je pensais que c’était simplement mon rejet de l’autorité. Maintenant que je reviens à la maison, je vois l’évidence frappante. Je ne connais pas meilleur oppresseur. Pourtant, tu m’aimes. Enfin c’est ce que me dit ma mère quand elle essaye de te trouver d...

Tomber amoureux·se en confinement

On entend beaucoup parler des liens qui se défont dans des couples ou des familles en souffrance pendant le confinement. Pas simple de gérer ses propres angoisses, celles des autres ; pas simple non plus de coordonner les quotidiens bouleversés de chacun·e. Tout est à réinventer et on n’a pas toujours la disponibilité d’esprit pour s’y contraindre. Pourtant, aujourd’hui, j’aimerais évoquer une toute autre histoire du confinement, celle du confinement qui crée des liens superbes, voit émerger des amours naissants et s’épanouir de puissantes émotions. Sans ce confinement, je n’aurais sans doute pas reçu cette lettre puissante, sincère, belle, tout simplement belle. Une déclaration d’amour enflammée comme on n’en envoie que lorsque tout s’arrête, qu’on n’est plus pris dans son quotidien, dans le confort des certitudes, quand on prend enfin le temps de penser à soi, aux autres, d’observer la nature qui change, d’écouter le silence d’une ville comme endormie et enfin de sonder pui...

Amour, rage et confinement

Moi qui pensait juste pouvoir ralentir, l’un dans l’autre ça tombait bien ce confinement. Enfin, pour préciser j’étais un peu au bout du rouleau, j’avais besoin d’une pause.  La première semaine, j’ai glandé tant que je pouvais. J’ai trainé en pyjama, pas lavée. C’est à peine si je me brossais les dents. Je passais la plupart de mon temps sur le canapé, sous le plaid à mater des séries comme une addict. Le canapé était devenu ma base, je bouffais même dedans, c’était mon vaisseau. Je ne suis pas sortie pendant cinq jours. J’ai failli péter un plomb, je me suis dit que ça n’allait pas le faire. Il me fallait un peu de dignité. Le matin, j’ai recommencé à prendre une douche, à m’habiller, à porter des bijoux et même du parfum. Mais attention, pas question de mettre un soutien-gorge ni de me raser quelque poil que ce soit. Dans les quelques lignes un peu trop romancées (et qui m’ont pris plusieurs jours sans trouver les mots justes pour la fin) je parle d’espaces. Des limite...

Le bouleversement du confinement

Le confinement : un mot, un assemblage de lettres, un ensemble de quatre syllabes n’ayant jamais fait autant écho pour l’ensemble des communautés. Ce nom commun pourtant si lointain devint soudainement familier suite à l’apparition d’un virus dénommé « Covid-19 » ou « Coronavirus » occasionnant une pandémie mondiale. Une contagion suscitant obsessions, hantises, inquiétudes et nous confrontant à l’essence même de ce que l’être humain a été, est et sera à jamais : un être mortel. Aujourd’hui, le terme « confinement » préside dans le discours de chacun·e, délimitant la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. Un périmètre circonscrit entre le dedans et le dehors. Une délimitation invisible à l’œil nu mais venant brutalement faire ancrage dans nos modes de vies actuels. Une situation vécue différemment par les êtres humains, selon leurs particularités intrinsèques et personnelles, leurs modes et milieux de vies, leurs milieux professionnels et leur en...

Non, mes ami·es, je compte les heures…

Tututuuuut, tutututuuuuut, tutututuuuuut… zut, merde, le réveil, il faut que je me lève avant que mon fils ne se réveille… Je cours, je saute, j’arrive au salon et avec une précision digitale digne d’un prestidigitateur, j’arrive à l’éteindre dans un temps record. Silence… je regarde à gauche et à droite, je tiens ma respiration. Et du coup, j’entends… Mamaaaaaaaaaaa ! Mon heure de tranquillité a disparu avant même d’avoir commencé. Youpi… une spirale d’activités frénétiques va commencer… pour que mon petit être vivant soit occupé et me fiche la paix… le temps que ça dure.  Allez, hop ! Une fois le deuil de mon heure matinale passé, j’affiche mon meilleur sourire et je me dispose à commencer la journée… ou plutôt à survivre à cette journée.  On débute avec le petit-déj, on continue avec une persécution à travers la maison pour s’habiller (oui, les spécialistes - maintenant il y en a plein - expliquent qu’il faut que les enfants aient une routine, histoire d...

Parents et confinement

J’ai entamé, quelques mois avant le confinement, un travail par rapport à ma famille biologique. Les nombreux entretiens avec la psychologue ont mis la lumière sur la relation abusive que mes parents entretiennent avec moi. Je suis gouine, butch et non binaire. Pour me faire une place au sein de cette famille, j’ai pris le rôle de l’oreille toujours prête à recevoir les tourments et les confidences (parfois un peu trop intimes de mes parents), de l’épaule toujours prête à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit, la personne de compagnie qui mettra sa vie sur pause pour accourir auprès de ses parents quelle que soit la situation.  Ce rôle changeait selon les humeurs de mes parents. Si iels étaient en crise de couple, ce qui pouvait durer des mois et des mois, j’étais leur défouloir. Iels me faisaient comprendre que je n’étais qu’une erreur, un accident. J’étais là pour m’en prendre plein les oreilles et être rabaissée. Les nombreux entretiens avec la psycholo...

Amour et écriture en confinement

On ne se rend pas forcément compte à quel point le climat actuel peut nous impacter. Certes nos quotidiens sont bouleversés, mais cela touche aussi des aspects plus profonds de notre psychologie. Cette situation remet en jeu un certain nombre d’expériences passées et de questionnements profonds sur notre personne.  J’ai la chance de pouvoir vivre ce confinement d’une part avec ma famille et d’autre part avec mon copain. Dernièrement, j’ai passé une semaine chez lui et cela a fait émerger en moi une série de doutes. Je suis, bien entendu, certaine de mes sentiments mais étant donné qu’on s’est séparé l’année dernière, en raison d’une cohabitation peu fructueuse (bien qu’elle nous ait appris beaucoup sur nous et sur notre couple), devoir vivre nuit et jour avec lui a mis sur le tapis une série de questionnements. Notre couple est-il assez fort que pour ne pas s’installer dans une routine ? D’autant plus que nos quotidiens sont actuellement très répétitifs et laissent peu d...