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Articles

Éros et Thanatos

J’ai toujours pensé que la peur et le désir sont les deux moteurs de l’humanité. Comme une sorte d’explication finale de tous les comportements de nos sociétés. Voilà, c’est dit ;-) Les effets qu’ils génèrent ne me semblent pas bons ou mauvais en tant que tels, mais ils sont bien différents. Nous acceptons le confinement par peur de la maladie, nous le vivons avec la lourdeur de ce qui nous manque… ou bien nous le faisons par désir de protéger les autres et nous le vivons avec l’attente des retrouvailles. Ou peut-être les deux à la fois, c’est humain. Ces jours - déjà 30 ! -, je les ai vécus assez stressé : des urgences au (télé)travail qui ne nous permettent pas de soigner l’essentiel, les tâches ménagères que je ne supporte pas, les ami·es qui meurent et plein d’autres qui – comme moi - se sentent désorienté·es par moments. Je suis confiné seul, mon copain n’est pas là et je dois dire que je le sens plus présent que jamais. Nous parlons plus souvent que d’habitude et n...

Maternité : quand le confinement accentue la douleur…

J’essaie péniblement de me concentrer sur le texte d’une étude scientifique alors que ma fille de trois ans chante à tue-tête en construisant une tour de Duplos à quelques mètres de moi. Je suis déjà ravie qu’elle joue seule depuis dix minutes et ne me tire plus la manche pour que je vienne l’aider. C’est la quatrième fois que je relis la même phrase sans la comprendre, impossible pour mon cerveau de la traiter. Le père de la petite dort au premier étage. Il a pris congé aujourd’hui, pour s’occuper de notre fille. Du coup, j’essaie de lui ménager un petit espace de repos. J’ai sorti le chien en intimant à ma fille de ne pas faire de bruit, parce que : « papa dort, il est très fatigué… ». C’est que je ne peux pas me plaindre, mon mari est un féministe bien qu’il ne se se soit jamais considéré comme tel… Il est conscient des inégalités entre hommes et femmes et estime qu’il faut tout faire pour les combattre ; l’idée qu’une tâche ménagère ne soit pas pour lui ne lui ...

Pas de chambre à soi

- Tu peux ne pas trop me baver ?, m’a-t-il demandé.      

          Ou bien c’était plutôt « ne me bave pas trop », je ne sais plus exactement, mais les verbes pouvoir et baver associés à un dégoût ont été prononcés. Là pour moi c’était déjà fini, je suis trop susceptible, je sais, mais j’aime bien quand ça bave et qu’il ait demandé comme ça, cassant la spontanéité  des gestes... En plus ce n’était même pas en exprès, je n’ai même pas compris sur le moment quelle partie de son visage j’avais léchée ou plutôt « bavée », comme l’a-t-il dit dégoûté. Était-il vraiment dégoûté ou étais-je d’un coup dégoûté de moi-même de l’idée qu’il puisse me trouver dégoûtant ? C’est fatigant.   Mais j’en avais encore envie et le sexe en couple, surtout le nôtre, surtout en confinement, est toujours plus complexe, plus spontané et plus serein que ce que l’on ne pense, j’en avais enc...

Le confinement, moi je connais, c’est l’histoire de ma vie que voici !

Ayant vécu la guerre dans mon pays d’origine, ce confinement éveille chez moi un mélange de sentiments contradictoires. D’un côté, comme personnes confinées non touchées par la maladie ou le décès d’un·e proche que nous sommes pour le moment, nous vivons dans le confort d’être chez nous, dans une maison avec jardin et d’avoir tous les moyens nécessaires à une vie quotidienne agréable : nourriture, chauffage, eau chaude, internet, ordinateurs,… D’un autre côté, notre corps et notre âme, déjà traumatisés par la guerre, luttent pour faire la part des choses et ne pas sombrer  dans la peur tétanisante. La peur de cet extérieur qui est devenu menaçant, la peur d’une mort possible à laquelle on a pourtant échappé des années durant. Pour la première fois aussi depuis notre exil, nous ici et nos proches éparpillé·es de par le monde, nous sommes plongé·es dans la même « guerre », nous vivons la même peur.  Mon confinement à moi a commencé il y a bien longtemps...

Torchon d’une confinée

Torchon parce que le « journal d’un·e confiné·e » me désole. Nous sommes  inondé·es des vociférations d’éditorialistes, des recettes de cuisine  homemade , des élucubrations des célébrités dans leur jardin ou dans les rues vides (clin d’œil à Arielle Dombasle) et des conseils de « libération intérieure » (clin d’œil à l’auto-proclamé bouddha Robert, je suis certaine que vous en avez un dans vos amis). Quel cauchemar, sérieux, tout le monde nous dit ce que l’on doit faire et, bien évidemment, comment être malgré tout productif·ve. Heureusement, il y a aussi des vidéos de chats et ce blog, que je lis tous les soirs :-)  Torchon parce qu’il risque de brûler. Ma colère gronde, je la sens. Au départ, j’étais abasourdie par la situation. Je n’arrivais pas à travailler (je répondais mécaniquement aux mails), je n’arrivais pas à réfléchir ni à penser, j’essayais de contenir ce qui pouvait l’être (ce qui n’était déjà pas si mal). Puis, progressivemen...

31mars. Jour J.

Assise derrière le pc, dans le bureau/living/cuisine de mon appart. Même chaise, même table. Question mobilité, j’assure. Pieds nus sur le parquet, vieux jeans, vieux pull. Pas de soutif. Pas coiffée. Pas lavée. J’ai coupé la caméra. Aujourd’hui encore, je ne serai qu’une voix.   Les ados ont élu domicile chez leur père, avec les enfants de sa compagne, le chien et la console. On se voit quand on en a envie. Ça me va. Pas d’amant de passage. Dommage. Envie de peau, de sexe, de fluides. Plaisir solitaire porte bien son nom. Il fait beau. Il fait calme. Je respire. Bosser. Se concentrer. Avancer. Problème de connexion… mes neurones aussi travaillent à distance. Les pensées s’égarent, s’évadent dans cet avant (crise). Seuls me manquent ces jours où se perdre dans la foule était autorisé. Observer. Sentir.  Entendre. Des gens. Des sons. Des odeurs. S’i...

Rancid Memories of a Touchy World

Confinement feels like an experience synonymous to shipwrecked, an occlusion from all things related to social aliveness. Like a tumble down this sudden rabbit hole filled with a little bit of sadness, mixed with the persistent echoes of what’s happening here? It’s those voluntary pangs of need that then force us out into a contaminated world of don’t touch me and keep your distance. I feel like a flounder ready to be filleted, yet it’s far from time for that. That’s when I start thinking about the ever so intended milestones of marriage and children, as my would be suitor is somewhere out there, in this gigantic pandemic, wading through the threat of pestilence and disease, just to one day get to me. This brings me solace in some way as my experience is like a fairytale gone rogue and I have no idea; how to honestly accept anything other than, ‘this will all be over soon’ for normalcy will return. That’s when the persistence of this silent bomb resurfaces on the days, that I fin...

L’imagination déconfinée

« Refaire société autrement», « changer d’avenir », les propositions abondent depuis quelques jours. La période est extra-ordinaire et, malgré l’angoisse vertigineuse que j’ai de perdre les êtres qui me sont les plus chers, je parviens moi aussi à éprouver le désir de changement que je constate depuis quelques jours sous les plumes inspirantes de collègues, ami∙es ou journalistes.  Ce confinement et le privilège que j’ai de pouvoir en profiter (je ne subis pas de violences patriarcales, seulement l’alourdissement de mes tâches de  care ) m’amènent à rêver à la fin d’un autre confinement qui dure depuis plus longtemps encore, celui de mon imagination. Parce que le matin, j’entends les oiseaux chanter au lieu d’entendre le bruit des avions et parce que le Bois de la Cambre est désormais fermé au trafic et que je peux y apprendre à mon enfant à rouler à vélo, j’aspire à plus d’espaces publics, de silence et d’air pur et je ne comprends pas que je m’en sois laissé...

Uchronie

Je me réveille avec ton dos contre le mien. On bouge un peu, on se retourne, la journée débute. -         Hey... -         Hey… -         Bien dormi ? -         Bof. -         Pareil. -         Bon… On va déjeuner ? -         On ne se ferait pas un café d’abord ? C’est tous les jours le jour de la marmotte, chaque matin le générique de  Westworld  débarque dans ma tête. On se fait un café, et puis un deuxième. Côte à côte à cette table de bar sur laquelle on mange notre déjeuner du bout des lèvres, ton coude touche le mien. Dans une autre version, moi dans le salon, toi dans la chambre, on boucle les bagages pour ces vacances qu’on attendait depuis des mois. -       ...

Craquelées

Mains craquelées, ongles cassés, pantalon informe. Je regarde mes mains sur le clavier. Elles n’ont presque plus d’âge. Le temps, je ne sais plus. Quel vertige lorsque l’on est habituée à tout anticiper, tout angoisser d’avance. Collusion du réel sur ma petite vie personnelle. Et au milieu, ce corps, ce corps féminin, lieu originaire de batailles, de luttes pour apprendre à m’y faire. La première fois que j’ai senti une sorte de libération de ce corps, correspondant paradoxalement à un ancrage tout à fait inédit pour moi, fut l’après accouchement.  Mon regard sur moi avait changé. Je me regardais, quelque chose d’étonnamment juste m’apparaissait. Un visage et une enveloppe charnelle, comme un tout. Plus d’analyse du détail, plus de recherche de l’imperfection, plus d’impression d’agencements incongrus. Un être là comme ça, en écho face à moi. Cela m’a étonnée à l’époque. Mon combat pour devenir mère m’avait fait mal, partout : un an et demi pour les premiers re...

Le besoin d’intimité

Quand je demande comment se passe le confinement autour de moi, des personnes confinées seules, avec des ami·es ou en famille me répondent « je vais bien, mais j’ai besoin de câlins, d’affection ». En somme, d’intimité. Je réalise que dans la vie quotidienne, avant que ce confinement soit annoncé, la plupart des personnes n’exprimaient pas leurs besoins d’affection, moi comprise. Au début de ce confinement, ce n’était pas le manque d’affection que les personnes mentionnaient, ils/elles mentionnaient plutôt leur libido. Ils/elles ne savaient pas comment faire pour passer des semaines sans pouvoir avoir de relation sexuelle. C’était source d’angoisse. Une fois confiné·es, il n’y avait plus qu’une personne pour combler cette angoisse, ce besoin qu’on pensait uniquement sexuel : nous-mêmes. Comment fait-on pour pouvoir se procurer du plaisir sexuel en tant que femme, sans partenaire, dans une société qui a considéré pendant longtemps la masturbation féminine comme une p...