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Articles

J’ai déjà été confinée

J’ai déjà connu une sorte de confinement, ce qui donne à celui d’aujourd’hui une saveur particulière. Durant une période extrêmement difficile pour moi du point de vue de la santé mentale, j’étais terrifiée par le monde extérieur et je ne sortais que pour les biens de première nécessité. Par ailleurs j’étais au chômage et je passais donc le plus clair de mon temps enfermée chez moi. D’une certaine façon, j’ai alors vécu quelque chose comme trois mois de confinement. Si cette situation passée se compare à celle d’aujourd’hui par l’enfermement à domicile, la ressemblance n’est que superficielle. A l’époque tout d’abord, les rares sorties étaient une source d’angoisse presque intolérable. Aujourd’hui, je chéris ce moment où, tous les quelques jours, je sors faire les courses. Dans mon couple, nous discutons régulièrement des tâches ménagères, nous échangeons en particulier sur leur répartition. Par curiosité, je me suis demandé un jour ce que les scientifiques disent sur la façon do...

Cis à la maison

“7th Heaven”,  ça vous dit quelque chose ? Cette série américaine, modèle de la famille cis-hétéro-patriarcale blanche et aisée comme il se doit a peut-être bercé votre adolescence. Et vraisemblablement elle a agi pour moi de façon inconsciente bien des années plus tard. Ahhh la toute puissance de l’ American way of live  couplée à l’impact des médias, combo gagnant. À côté, la famille Ricorée peut aller se rhabiller… pour faire bref, le père de famille est pasteur et la femme du révérend, comme on l’appelle, est mère au foyer et gère avec brio une tribu de cinq enfants auxquels s’ajouteront des jumeaux qui naîtront quelques années plus tard le jour de la Saint-Valentin (ça ne s’invente pas !). Si je vous plante le décor, c’est qu’après mon divorce, j’ai refait ma vie et nous nous sommes retrouvés  « Sept à la maison » -  comme la bien-nommée série (in French of course), ça y est, vous voyez où je veux en venir - et je tentais inconsciemment de ...

Je rêve…

Je rêve d’être confinée, seule, sans famille, sans aucune obligation, sans personne dont il faut s’occuper, se préoccuper...  Juste des livres, un vélo, la nature.   Précurseuse d’un mouvement mondial né il y a peu, je me suis confinée pendant une semaine au mois de février, loin du boulot, de la famille, de la ville. Bien trop court pour arriver à se déconnecter d’un monde qui vous rattrape tout le temps, d’une vie où l’on vous a appris à penser aux autres avant de penser à soi. Difficile d’être égoïste, d’envoyer tout bouler et de faire l’ermite. En tout cas, pas en une semaine et pas dans le formatage qui est le mien. La petite voix intérieure, toujours là, ma meilleure amie mais aussi ma pire ennemie. Celle qui me rappelle que je peux y arriver, celle qui me rappelle aussi qu’il ne faut quand même pas exagérer : « pas sympa de ne pas répondre aux  copines », « si tu n’appelles pas maman elle va chier et tu vas le pa...

Confinement : vertige, oppression, affranchissement

La première fois que j’ai lu l’invitation à partager sur ce blog, je me suis sentie franchement mal. J’en ai eu le vertige. J’étais parvenue jusque-là à tenir à distance l’angoisse et je m’inspirais plutôt de pensées positives, en organisant un peu la vie au jour le jour, le soleil aidant. Puis là tout à coup, pouf, quelque chose se passe. Je me ramasse un peu, j’en touche l’un ou l’autre mot dans l’une ou l’autre conversation pour me souligner à moi-même et communiquer en même temps que quelque chose m’a touchée. Je n’ai pas pu y revenir avant la semaine suivante, je devais laisser passer l’émotion. La phrase qui m’interpelle est « L’espace domestique redevient cet espace de danger et d’oppression qu’il a souvent été ».  Si je veux ouvrir les yeux sur le monde, je dois ouvrir les yeux sur ma propre histoire. C’est le chamboulement que j’ai offert à ma vie il y a quelque temps maintenant. Et plus j’avance, plus ma vie m’ouvre les yeux. Il y a eu des drames dans...

Entre-deux

Il y a quelques jours seulement, une procession passait encore dans notre rue à Hujuapán de León. A l’heure où l’Italie enterre ses morts par dizaines, la ritualité entourant la mort est toujours tangible ici au Mexique. Je pense à ces gens qui enterrent leurs proches. Iels ne sont nulle part, coincés entre deux réalités: leur corps est là mais leur esprit ne rêve que d’être ailleurs. Un entre-deux, voilà ce que représente cette réalité historique à mes yeux.  Entre deux pays J’observe, j’écoute et je perçois ce que vivent mes proches en Belgique. Je vois, je questionne et je ressens la situation mexicaine. C’est un peu comme observer une avalanche s’approcher en ayant les jambes figées par la peur. Il y a quasiment 500 cas de Coronavirus dans le pays de la Corona et les chiffres ne font qu’augmenter. En me tournant vers l’Europe, je pressens ce qui nous attend d’ici quelques semaines. Il faut que le monde arrête de tourner. Mon téléphone sonne, lui n’arrête jamais de son...

Fenêtre sur corps et vue sur vide

Ils nous ont dit de nous laver les mains.  Alors je m’applique. Je frotte entre les phalanges comme ils ont montré, jusque sous les ongles, plusieurs fois par jour. À force, ça fait remonter de vieux fantômes et je recommence à avoir envie de le faire tout le temps. Dès que je touche mon copain, l’embrasse, touche la poignée de l’immeuble. Je les lave à m’en faire tomber la peau et retrouve ces gestes que je faisais autrefois jusqu'à l’obsession. Étreindre avec force sous l’eau brûlante, jusqu’à en retrouver le contrôle sur les choses. Plus jeune, il m’avait fallu du temps pour me délester de ces gestes obsessionnels, répétés jusqu’à l’écoeurement.  Désapprendre avait pris du temps et l’angoisse a balayé tout ça d’un coup d’œil. Corps virtuels pour mélodies douces Avec mon amie qui porte le même prénom que moi, on danse. Sur skype, sur la même chanson. On danse jusqu’à en avoir le vertige, à faire vaciller l’image du vieux monde,  leur  monde. Je dans...

Franchir les limites

  Quand ils ont annoncé la fermeture des écoles, j’ai pensé « ok, mais moi je continue à travailler au bureau. Pas parce que je dois, mais parce que je veux ». Je n'étais pas encore capable d'imaginer autre chose. Je me suis dit que le papa et moi, on allait pouvoir alterner télétravail et bureau deux-trois jours par semaine et que, comme ça, je garderais ma liberté. Je n’ai pas mesuré tout de suite qu’en fait trois jours plus tard, les réunions importantes, ça serait fini, même pour moi. Je me suis retrouvée une fin de semaine collée à la maison, à gérer les enfants seule - parce qu'il avait toujours, lui, des réunions - et à me demander comment j’allais faire, avec un ordinateur, pour mes vidéoconférences et les cours des enfants.   Le troisième jour, j’ai fait une espèce de crise. Je n’en pouvais plus, de ne pas sortir, ce qui était relativement incompréhensible puisqu’en fait, je suis quelqu’un qui sort peu. Casanière. Intellectualiste. Toujours en train de pens...

Confinée deux jours à l’avance !

Ce matin-là, je prépare la liste des plats à cuisiner pour ma petite tribu car, dans mon subconscient,  c’est impossible de voyager sans leur laisser des plats (bien sûr faits maison et à réchauffer !). Encore un cadeau de ma socialisation primaire. Cela me fait penser à ce mari sensible à mon stress, à ma peine à finaliser ma thèse, sensible aussi à mes plaintes répétées et mon tempérament de râleuse quand la féministe se réveille en moi, quand je dis que c’est trop, qu’il faut couper court avec cette division de travail rongée par une culture inégalitaire et machiste. Revenons à mes petits plats préparés avec un amour saupoudré d’un sentiment de devoir. Ça m’a pris toute la journée. Une fois tous emballés et les étiquettes collées sur le dessus de chaque boite, je peux enfin me libérer pour ranger les livres dont j’aurai besoin durant ces quelques jours de confinement volontaire. Mes affaires ramassées, livres, ordinateur, vêtements, trousse de toilette, j’attends mon ...

Déjà deux semaines de confinement

Déjà deux semaines de confinement ou, tout du moins, de télétravail comme on appelle ça. A force d’enchaîner les multiples activitées de toute nature, mon mec et moi ne faisions que nous croiser. Au mieux nous étions des colocataires, au pire des amants lassés. Je ne sais pas pourquoi il faut toujours passer par la case aménagement ensemble, celle-là même qui te casse ta libido ad vitam. Le confinement ce n’est pas comme une semaine de congé à la maison, c’est la fin des devoirs mais aussi fortement la fin des obligations. Plus besoin de faire la dixième visite à la maternité en préparant son plus beau sourire, pas même de devoir cuisiner son meilleur gâteau pour la cinquième auberge espagnole de fin d’année, même les enterrements se font à huis clos: pas de quoi en réveiller un mort. Plus aucune longue heure passée à somnoler dans des trajets de train, les rêves s’éveillent à la maison. Pas non plus besoin de faire semblant dans l’open-space. « Tu as un travail, tu dois t’es...

Covid-19 – Chronique d’une féministe aliénée

En général, dans nos sociétés, quand on demande à quelqu’un·e de se définir, il·elle mentionnera son boulot.  - Je suis banquier·ère - Je suis avocat·e - … Prof·fe d’unif, - Artiste  …  Moi, je suis Occupée.  Juste occupée, pas de métier, pas une passion en particulier, non. Seul mon emploi du temps plein à craquer peut me définir correctement.  Entre le cinéma, les conférences, les événements musicaux, les ateliers, les personnes que je dois voir,… je n’ai parfois pas le temps de profiter de mon appart.  Mon appart… J’aime mon appart. Il est magnifique, grand, lumineux. Je le partage avec mon compagnon depuis quelques temps maintenant et je n’aurai pas pu rêver mieux. Je peux passer des heures à le contempler. Il est beau, apaisant. Mon appart, pas mon compagnon. Quoique lui aussi est apaisant et beau à regarder.  La vie entre nous, c’est facile. Assez imprédictible, entre son horaire qui change tout le temps, et mon emploi d...