Accéder au contenu principal

Confinement : vertige, oppression, affranchissement

La première fois que j’ai lu l’invitation à partager sur ce blog, je me suis sentie franchement mal. J’en ai eu le vertige. J’étais parvenue jusque-là à tenir à distance l’angoisse et je m’inspirais plutôt de pensées positives, en organisant un peu la vie au jour le jour, le soleil aidant. Puis là tout à coup, pouf, quelque chose se passe. Je me ramasse un peu, j’en touche l’un ou l’autre mot dans l’une ou l’autre conversation pour me souligner à moi-même et communiquer en même temps que quelque chose m’a touchée. Je n’ai pas pu y revenir avant la semaine suivante, je devais laisser passer l’émotion. La phrase qui m’interpelle est « L’espace domestique redevient cet espace de danger et d’oppression qu’il a souvent été ».  Si je veux ouvrir les yeux sur le monde, je dois ouvrir les yeux sur ma propre histoire. C’est le chamboulement que j’ai offert à ma vie il y a quelque temps maintenant. Et plus j’avance, plus ma vie m’ouvre les yeux.

Il y a eu des drames dans ma famille, que j’ai perçus dans un brouillard et qui ont eu un impact sur l’enfant que j’étais. Sans m’en rendre compte, j’ai accepté l’idée qu’un homme, que des hommes puissent détenir un pouvoir sur les femmes et qu’ils puissent les éteindre. C’est le mot qui convient, dans tous les sens du terme. Cela est inscrit dans ma lignée féminine. Je suis sûre que ce n’est pas la seule chose qui y est inscrite mais cela malheureusement y a pris une place certaine. Des années ont passé, à construire autant que possible, à mettre du sens dans ma vie, à échapper sans doute aussi à des peurs diffuses. Et puis, dans un sursaut d’éveil, un combat assez long, je me suis arrachée à la vie de couple qui m’enserrait, et qui m’avait peu à peu étouffée. Je me voyais m’éteindre, il fallait que je sorte de là, les violences étaient peu physiques, même si cela a eu lieu. Elles se sont installées progressivement et donc insidieusement. Je n’accepterai jamais de prendre le rôle d’une victime et de donner le rôle du persécuteur. Je parle parce qu’après l’inconfortable de cette invitation, l’espace d’expression s’agrandit encore. Je saisis la perche et me vois me prendre au jeu. Merci. Il existe sans doute beaucoup de témoignages comme le mien, je n’ai pas tellement envie de le savoir.  C’est trop tôt ou simplement, il n’est pas question de m’y complaire. 

Je pense malgré tout qu’il est très important de soutenir les personnes qui en ont besoin, au minimum par des signes d’amitié et une vraie écoute si l’on peut. C’est ce qui m’a aidé à garder le cap. 

De plus en plus, je comprends surtout la nécessité d’enfiler ces fameuses lunettes de genre. Et de les partager encore… et encore… de comprendre et de dénoncer ce qui engendre le droit à la violence, d’où nous venons. L’histoire du genre, l’histoire des femmes est éloquente. Certaines membres de ma lignée n’ont pas été victimes d’une autre personne, elles semblent plutôt victimes d’un système qui permet que le pouvoir s’exerce dans l’espace domestique.  À huis clos.  Je comprends maintenant pourquoi ce mot m’angoisse.

J’ai libéré mes peurs et défait une à une mes propres chaînes
J’ai libéré mon corps et fait la fête avec lui
J’ai sauté mes préjugés
Je ne compte pas m’arrêter
J’ai réintégré des études parce que je voulais me refaire un peu le cerveau
Je voulais libérer ma parole
J’avais besoin de réapprendre à penser
À exprimer
C’est féministe tout ceci en fin de compte !  C’est aussi la vie !

L’enfermement domestique devient possible lorsqu’on s’éloigne des autres et de soi-même, lorsqu’il n’est plus possible d’écouter ni l’autre ni soi. Dans mon vécu, le fait d’être très disponible pour mes enfants a permis à leur père d’accentuer une forme d’emprise et de culpabilisation. Tout s’est recentré sur eux, sur le foyer. Je ne devais plus compter (ou on faisait semblant que je compte). Quelle triste vie et quel triste apprentissage pour les enfants.

Le confinement est alors autant à l’intérieur de soi que dans le foyer et les flammes ne sont plus très vives.

En écrivant ces mots, je retrouve pleine d’espoir. Plus personne n’éteindra ma flamme intérieure et plus personne ne prétextera le genre devant moi. Mais j’aime l’esprit critique, le recul, la compréhension la plus juste possible. Je ne serai jamais radicale au combat, je crois. Les petites réflexions allument des veilleuses. Hier, je discutais avec ma fille en même temps que je lisais… « être un garçon, ce serait non seulement ne pas être une fille mais c’est être mieux qu’une fille… si on veut le rabaisser, on le traite de fillette… ». J’ai aussi eu cette discussion avec mon fils.  J’ai des choses à rattraper.  Et ainsi on parle de la vie. On fait le monde. Un monde humain.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Ça va

Je hais le dimanche, et je ne suis sans doute pas le seul. Je n’arrive pas non plus à trouver une raison qui pourrait l’expliquer. Peut-être est-ce l’ambiance fantomatique régnant dans les rues le dimanche. Peut-être est-ce l’isolation dominicale, les liens sociaux mis sur pause le temps d’une journée. Ou l’oisiveté, une immersion totale qui nous plonge dans la procrastination et nous noie du sentiment coupable qui l’accompagne. Ou peut-être est-ce, au contraire, le fait d’anticiper, dans la précipitation, la venue d’une nouvelle semaine nous rappelant à quel point le temps passe vite. Quoiqu’il en soit, de mon expérience personnelle, une atmosphère morose et fade est attachée au septième jour. Cela fait maintenant un peu plus d’une semaine que chaque jour est un dimanche.  Bonne nouvelle : le monde de la médecine a récemment été bouleversé par une découverte étant relativement porteuse d’espoir. Adam Castillejo est le deuxième porteur du VIH au monde à être en voie de tot...

Le confinement des amants

Déjà sur l’île ça avait commencé, on ne serrait pas les mains, pas d’accolade, un namasté adopté spontanément, nous de toute façon on ne se touche jamais en public les amants ils et elles sont de toute façon confinés dans leur corps quand ils et elles sont hors là loi menteurs menteuses, ils et elles se cachent pas d’héroisation pas de morale les corps clandestins  on a profité de cet ultime temps suspendu toucher sucer lécher embrasser les temps nocturnes alors que le confinement se rapprochait avec la promesse diabolique de l’ile : et si on était confinés là, sans pouvoir repartir ? Insolence égoïste du moment où l’envie de dire : chiche rester là mais l’ile déjà coronée sans doute , la promiscuité des pauvres dans leurs bidonvilles, la promiscuité indécente des riches qui crachaient dans la piscine sans y croire, pas plus de trente respirateurs dispos ils disaient à la radio le retour l’avion avec déjà des masques le quai de la séparation, les...

31mars. Jour J.

Assise derrière le pc, dans le bureau/living/cuisine de mon appart. Même chaise, même table. Question mobilité, j’assure. Pieds nus sur le parquet, vieux jeans, vieux pull. Pas de soutif. Pas coiffée. Pas lavée. J’ai coupé la caméra. Aujourd’hui encore, je ne serai qu’une voix.   Les ados ont élu domicile chez leur père, avec les enfants de sa compagne, le chien et la console. On se voit quand on en a envie. Ça me va. Pas d’amant de passage. Dommage. Envie de peau, de sexe, de fluides. Plaisir solitaire porte bien son nom. Il fait beau. Il fait calme. Je respire. Bosser. Se concentrer. Avancer. Problème de connexion… mes neurones aussi travaillent à distance. Les pensées s’égarent, s’évadent dans cet avant (crise). Seuls me manquent ces jours où se perdre dans la foule était autorisé. Observer. Sentir.  Entendre. Des gens. Des sons. Des odeurs. S’i...