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Articles

Amour, tempête et confinement

Je te promets de t’oublier, je te promets d’étouffer le reste de cette étincelle en moi, trace de mon amour pour toi. C’est fou ce que les sentiments peuvent basculer d’un extrême à l’autre rapidement sans faire de bruit, mis à part celui d’une dispute le temps d’un confinement subi. Je te promets de me ressaisir pour moi, pour mes enfants, nos enfants et pour cette femme encore très jeune : moi ! Qui ne mérite pas de survivre mais vivre pleinement sa vie même sans toi !  Je n’arrive toujours pas à comprendre comment tu peux être aussi injuste, aussi dur envers moi, face à elle, confinée avec nous pendant des mois déjà ; je comprends qu’elle t’ait donné la vie, que tu lui sois reconnaissant, que tu l’aimes beaucoup, je comprends, crois-moi ! Mais ce que je ne comprends pas, c’est que tu acceptes tout le mal qu’elle m’a fait, le temps d’une soirée, pendant un diner. Ses paroles blessantes, arrogantes, implicitement insultantes me laissent sans voix, ma...

Risques psychorona-sociaux, la santé au (télé)travail

L’humaine plane, portée sur les crêtes de montagnes russes par le son de sa propre voix. Elle ne saurait plus dire à quel moment sa tirade a commencé. Elle la poursuit d’un ton pénétré. Il lui semble qu’il est vital de réclamer une plus longue réflexion de fond, de demander des précisions méthodologiques. D’exiger une scrupuleuse prudence à l’heure des arbitrages, de plaider pour une nouvelle consultation à tous les niveaux de l’organisation. Ses deux enfants, impatients, font jouer la poignée de la chambre où elle s’est enfermée il y a trois heures, au début de la deuxième réunion virtuelle de la journée. Les voici, « maman, maman », qui l’entourent, tirent sur son jean, tentent de s’emparer de ses bras. L’humaine leur adresse des caresses mi-tendres, mi-distraites. Ce faisant, elle lutte pour ne pas s’interrompre, alors qu’une partie d’elle-même, au bord des larmes d’avoir constaté, une fois de plus, que son mari ne prendrait décidément jamais sa part du travail pa...

« Putain. Je suis enceinte »

« Putain. Je suis enceinte ».  Ce sont les mots que j’ai prononcés après avoir regardé les résultats du test, complètement incrédule. J’y croyais pas. Je n’y crois toujours pas. Je ne suis pas faite pour être enceinte. La maternité ne me sied absolument pas. Et pourtant. Une barre sur le T. Une barre sur le C. Puis rien ne s’est passé comme je le pensais. Je ne me suis pas noyé·e dans des pensées liées au possible d’être mère, d’avoir une vie toute autre, d’avoir l’opportunité de créer quelque chose à plusieurs, de révolutionner le concept de famille. Je n’ai pas sombré dans des tourments liés à l’avortement, de réduire à néant le développement d’un possible humain, promis à de grandes choses ou à de grands frissons, avec qui j’aurais pu bâtir une relation unique. Je n’ai pas été traumatisé·e à l’idée d’aspirer « la vie » de mon corps. Rien. Serait-ce un mini trauma ? Je suis lasse. Je suis fatigué·e. J’ai besoin que ma vie se mette en...

Ça va toujours

Les rais du soleil me lèchent le visage et je m’éveille doucement. De ses yeux rouges et accusateurs, le réveil sur la table de nuit me regarde. Sans doute m’en veut-il toujours de l’avoir éteint d’un coup de main somnolente. 10:23. Funambule noctambule, je marche sur le fil du sommeil, juste au-dessus d’un océan de culpabilité.  Tu ferais bien de te lever, fainéant . Le confinement a vraisemblablement bouleversé l’espace-temps car chaque journée, chaque heure, chaque minute, chaque seconde est similaire à la précédente. Moi, par contre, j’ai changé. Dans le dédale du confinement, mon corps confond la nuit et le jour. Un soleil lunaire et une lune solaire qui, tour à tour, se jouent de moi et de mon sommeil.  Lunatique.  Impossible de m’endormir  et  de me réveiller, je vis décalé… Symptôme de la chauve-souris. Ça vous rappelle quelque chose ?  Je suis perdu. J’ai perdu le compte des jours à rester loin de tout et de toustes. La grande nouvelle d...

Tante M ne répond plus

Un mardi sur deux, je tente ma chance. Je compose ce numéro, inchangé depuis des décennies, transféré depuis une vie de village de banlieue nantaise vers une vie en résidence urbaine pour personnes âgées : je téléphone à Tante M.  Tante M est la seule personne au monde que j’appelle « Tante-quelque-chose ». J’ai des tonnes de tantes par ailleurs, que j’appelle par leur simple prénom, mais Tante M est d’une autre génération, elle est la sœur de mon grand-père. Tante M a quatre-vingt-dix ans. Elle vit dans cette résidence depuis quelque mois, décision prise par la famille suite au décès de J.  J, elle, n’est pas quelqu’une qu’on appelle « tante ». Ah non non, « tante », c’est un titre réservé aux liens de sang et aux liens sacrés du mariage. Aussi, j’ai sept tantes validées par l’ADN, sept tantes validées par leurs unions sacrées avec mes oncles de sang, ainsi que deux ex-tantes dont j’ignore si ce système m’autorise à les considérer ...

Voyager en temps de coronavirus

Je venais d’arriver à Paris lorsque le président français Emmanuel Macron a annoncé le confinement massif de la population en raison de la pandémie du nouveau coronavirus. Paris était la quatrième destination d’un voyage que je faisais en Europe. Dans ma vie personnelle, j’ai essayé de retrouver mon équilibre après la fin inattendue d’une relation amoureuse à long terme. Autour de moi, le monde semblait en déséquilibre complet après l’invasion d’un être invisible et inconnu. Bien que je vivais un drame personnel, j’ai eu l’opportunité, avant la propagation du virus dans le monde, d’avoir une expérience importante pendant le voyage: être seul. Le voyage m’a permis d’être seul dans différents endroits, de marcher librement dans les rues, de m’arrêter pour observer les gens, de donner de l’espace pour ressentir différentes sensations et vivre des situations inhabituelles. J’ai vécu à Lisbonne, Barcelone et Londres au milieu de longues promenades effectuées en compagnie de moi-même. ...

Mauvaise rencontre

Ceci tient d’une confession, une mise en mots pour exprimer ce qui s’est passé, du moins pour en dégager une forme de vérité. Ce texte, ce document, je le pense comme une marque qui me permet d’y voir plus clair, comme une trace sur laquelle je pourrais revenir et qui me permet de me situer. Imaginez un samedi après-midi, la météo est variable, entre froid et chaud, entre pluie et soleil. Le temps peut vite changer. On essaye avec mon amie de se retrouver, quelque part à mi-chemin entre son foyer et le mien. On se donne rendez-vous à Louise. On passe du bon temps ensemble, on discute et on marche dans la ville. On est nerveux, il y a beaucoup plus de gens dans les rues que les semaines précédentes. Comme nous, les gens doivent avoir besoin de sortir, d’avoir du contact, si pas verbal ni tactile, au moins visuel. À plusieurs reprises, on croise la police. La sortie du confinement s’annonce mais je comprends que les espaces publics, nos communs, ces espaces qu’on partage doivent êt...

On ferme !

Voilà que je reprends ma plume. Partager avec vous ce vécu de l’intérieur, du côté des soignant·es m’avait vraiment fait du bien : une bouffée d’air alors que je suffoquais. Écrire et sentir que je ne me trompais pas, que je n’exagérais pas, notamment en lisant vos réactions. J’avais espéré une révolution féministe dans le  care , j’avais invité nos frères à prendre la relève, j’avais pensé qu’un après aurait lieu. Les femmes trop épuisées pour se lever et se battre, il allait falloir dégenrer la lutte, déranger les zones de confort. Toujours en colère, toujours impuissante, je reprends ma plume, la parole en guise de résistance, de résilience ? Une boule dans la gorge quand même. Une manière de me donner une capacité d’agir là où je me sens fragile. Aujourd’hui, je vous réécris. L’après est là, tout près de nous et dans quel état… On ferme  ! Là où on devrait se réjouir, je me retrouve avec une équipe à genoux, humiliée, triste, presque confuse. Ça y est ...